Possessions

Sur les écrans actuellement, trois films que l’on peut ranger sous l’étiquette générique de « polar » : 38 témoins, Possessions et Bullhead, trois films à voir absolument.

En 1964, Kitty Genovese est assassinée au bas de son immeuble new-yorkais. Ses voisins entendent ses cris mais restent sans réaction.

Didier Decoin a tiré de ce fait-divers exemplaire un bref roman, Est-ce ainsi que les femmes meurent ?, publié dans la collection Ceci n’est pas un fait divers de Grasset, dont on a déjà longuement parlé ici.

A son tour, le cinéaste belge Lucas Belvaux, auteur de la trilogie Un couple épatant – Cavale – Après la vie et du somptueux Rapt, s’empare de l’évènement en adaptant le roman à l’écran sous le titre 38 témoins. Il délocalise les faits au Havre, utilisant parfaitement le caractère cinégénique du port normand, et situe l’action de nos jours.

Le résultat est un long métrage à la mise en scène élégante, à l’interprétation soignée, et une puissante réflexion sur la responsabilité et la culpabilité. Le spectateur, 39e témoin, est amené à son tour à s’interroger sur son rapport à l’autre et au monde. La scène fondamentale de la reconstitution est aussi un symbole de la mise en scène et une méditation sur le cinéma et son appréhension du réel.

Lucas Belvaux s’impose une nouvelle fois comme un des cinéastes contemporains les plus stimulants, utilisant à merveille le cinéma de genre pour explorer les failles de l’être humain.

Dans Possessions, Eric Guirado s’inspire lui aussi d’un fait-divers, l’assassinat de la famille Flactif au Grand-Bornand en Haute-Savoie en 2003. Contrairement à 38 témoins qui s’ouvrait sur le meurtre, Possessions s’attache au processus social et mental qui mène au crime. Cette mécanique infernale est vécue par le spectateur comme une progression angoissante et continue vers l’issue tragique.

Eric Guirado filme de manière convaincante les deux couples, les rapports de classes et l’univers bourgeois d’une station de ski. Si par moment il insiste un peu trop sur le caractère destructeur de la publicité ou frôle la caricature avec le personnage interprété par Jérémy Renier, l’ensemble du film témoigne d’une approche fine et intelligente d’un sujet difficile à représenter. La mise en scène est parfaitement maîtrisée et les personnages s’avèrent plus complexes qu’on aurait pu le supposer.

Les « possessions » du titre renvoient ainsi à la fois aux biens matériels, objets d’envie et de convoitise des protagonistes, point de départ de la tragédie, et à la fureur irrationnelle qui s’empare soudainement du tueur.

La dernière partie, glaçante et réaliste, restera un grand moment de cinéma.

Si Bullhead s’inspire lui aussi de faits réels, ceux-ci sont beaucoup plus étrangers à notre imaginaire collectif. De ce film, de son récit nous ne dirons rien afin de réserver au spectateur le plaisir de la surprise et de la découverte. Signalons toutefois qu’à l’ image d’Animal Kingdom l’an passé, polar non identifié venu d’Australie, Bullhead est le choc cinématographique de ce début d’année. Un réalisateur inconnu, Michaël R. Roskam, livre une œuvre intense et singulière, issue d’un territoire méconnu, la Flandre belge.

    

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