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PRINCE DU POLAR

 

Du polar met en évidence le rôle fondamental et unique de François Guérif dans la reconnaissance dont bénéficie aujourd’hui le genre. Un ouvrage de référence à ranger aux côtés des Chroniques de Manchette et du Dictionnaire des littératures policières de Claude Mesplède.

Au cours de ces entretiens, François Guérif revient sur son parcours de lecteur passionné de cinéma et de littérature policière, de libraire spécialisé et d’éditeur, fondateur de Red Label, Fayard noir, Engrenages et bien sûr Rivages noir.

Ardent défenseur d’un genre considéré comme moribond à la fin des années soixante-dix, il a procédé à la manière des cinéphiles défenseurs de la politique des auteurs, exhumant les inédits des grands du roman noir américain. Il ressuscite ainsi des pans entiers des œuvres de Robert Bloch, James Cain ou encore William R. Burnett.

Si comme il le dit, « le rôle d’un éditeur est de bien lire une œuvre, puis de savoir la défendre », François Guérif est l’un des plus grands. Amoureux du style, « une musique qui s’installe, dès les premières lignes, et qui t’emporte. Qui te bouleverse. Qui t’émeut, et qui ne te lâche plus », il hisse le polar au rang de littérature à part entière.

En 1986, il fonde la collection Rivages/Noir, qui s’impose rapidement comme l’une des meilleures, avec dès les premiers titres, des romans de Jim Thompson, David Goodis ou encore Tony Hillerman, l’inventeur du polar navajo.

Passeur, mais aussi découvreur, défricheur, il publie pour la première fois en France James Ellroy ainsi que James Lee Burke, Edward Bunker (sur les conseils de James Ellroy), ou plus récemment Dennis Lehane et David Peace.

François Guérif accueille aussi des auteurs, déjà publiés ailleurs (souvent dans des traductions caviardées) qui lui resteront fidèles, comme Robin Cook, Donald Westlake ou Elmore Leonard.

Le travail de Rivages ne se limite pas au domaine anglo-saxon : le Mexicain Paco Igniacio Taibo II , le duo suédois Maj Sjöwall et Per Wahlöö, ou encore l’Italien Giorgio Scerbanenco, sont des piliers du catalogue. Il manifeste une tendresse particulière pour l’inclassable Janwillem Van de Wetering auquel il consacre de belles pages.

Côté français, François Guérif est l’éditeur de Hugues Pagan, « le meilleur » Français, mais aussi de Pierre Siniac et des derniers Jean-Patrick Manchette.

Il revient ainsi sur un catalogue exceptionnel couvrant un siècle de roman noir et policier : des ouvrages à la présentation soignée, dont la maquette, plus de vingt-cinq ans après, séduit toujours.

Par delà l’érudition et une permanente invitation à la découverte, cet ouvrage est également le portrait d’un homme sensible, et on est souvent gagné par l’émotion lorsque Guérif évoque ses rencontres avec Donald Westlake ou Edward Bunker, ou lorsqu’il rapporte les derniers mots de Robin Cook.

Une autre force du livre est la mise en perspective de l’histoire de cette littérature. Guérif souligne ainsi l’importance de l’œuvre de Léo Malet, l’apparition du privé puis son remplacement par le policier, ou encore la généalogie du roman noir anglais, de Ted Lewis à David Peace en passant par Robin Cook. Il remet en cause les classifications habituelles en soulignant l’existence de romans à énigmes très noirs comme Le Tonneau ou certains Conan Doyle.

Il insiste également sur la force du lien entre le roman noir et l’Histoire : l’apparition du genre lors de la prohibition, celle du film noir en 1941, date de Pearl Harbour, ou encore le renouveau des années soixante-dix en lien avec le développement de la criminalité urbaine.

Le livre se termine sur « les polars de ma vie », une précieuse liste de références pour tous les amateurs du genre, et une invitation à la découverte et à la relecture.

François Guérif, Du polar, entretiens avec Philippe Blanchet, Payot, 20 €

1 commentaire Ajoutez le vôtre

  • Bruno Chauvierre 2013.05.01 à 7:37

    L’ami Blanchet dévoile le regard critique acerbe et lucide de Guérif, et je kiffe sa liste des polars de sa vie, et du coup j’ai relu LA REINE DES POMMES, et je me suis glissé le temps d’une soirée dans la peau de Jackson, boloss comme seul Robin Cookies avec son grand bėret savait les imaginer devant des escargots et un verre de pinard, du côté de Saint-André-des-Arts, et dans mon ciboulot les images du Harlem des années 60, si cher à mon pote Marcus Jackson ressurgissent dans le décor du Marcus Jackson Funeral Home où fut exposé le corps de Twimon Meyer.

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