Project Description

La cité des rêves de Wojciech Chmielarz – Agullo, 2020


Le polar européen existe-t-il ? Titre après titre, le catalogue « noir » des jeunes éditions Agullo est en train de nous montrer que oui, et de la plus belle des manières. Le trentenaire Wojciech Chmielarz, avec quatre enquêtes traduites et publiées en France chez cet éditeur, fait déjà partie des écrivains de cette scène littéraire en plein essor, et en pleine forme. Son inspecteur fétiche, Jakub Mortka, est d’ores et déjà bien installé dans le club fermé des flics de papier dont on se ferait bien des copains, à l’instar d’un Wallander ou d’un Pepe Carvalho. Divorcé, père de deux enfants, sa vie sentimentale est chaotique, sa vie professionnelle plus encore. Il faut dire que Varsovie a de quoi occuper la police locale, avec ses notables corrompus, les bordels clandestins, la pègre ukrainienne, les ambitions sans morale des startuppers, les ravages de la violence conjugale, et les pervers en tout genre, comme on trouve partout. Ici, tout commence très classiquement avec la découverte du corps d’une jeune étudiante en journalisme sur le parking d’une résidence surveillée. La suite est une enquête brillamment menée par une équipe improbable de la Criminelle, moins grâce à ses qualités policières plus que discutables, que par son humanité emphatique et son manque d’illusions sur les hommes et la société. On se doute que l’auteur partage la colère de la lieutenante Suchocka à propos des puissants qui se pensent à l’abri de la justice ordinaire: « Il faudrait quelqu’un pour leur montrer ce qu’est la vraie vie. Et leur botter le cul. » De fait, Wojciech Chmielarz s’y colle avec talent.