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Le numéro 15 de l’indispensable revue Temps Noir – La Revue des Littératures Policières, est paru chez Joseph K. au début de l’été, avec au sommaire des dossiers consacrés à David Peace et Jean Meckert.

Cette dernière livraison est parfaitement révélatrice de la fonction essentielle de cette revue : un traitement approfondi à la fois de l’actualité et de l’histoire du genre et un intérêt pour le noir sous toutes ses formes, littéraires comme cinématographiques ou télévisuelles.

Le dossier David Peace est sans doute la meilleure introduction à une œuvre mêlant « audace formelle, puissance narrative et virulence critique ». Le dense entretien qu’il a accordé à Pierre Charrel est passionnant. L’auteur revient sur son parcours, ses influences, son mode de création par « immersion temporelle » et expose une éthique de l’écriture originale.

L’entretien de David Peace, qui réaffirme son attachement à l’idée communiste, avec James Ellroy, « fervent admirateur de Ronald Reagan », est assez savoureux bien que la discussion soit plus littéraire que politique.

Le texte, inédit en français, dans lequel l’auteur présente les livres (et musiques) qui l’ont influencé pour l’écriture de sa Tétralogie du Yorkshire est une invitation à découvrir ces textes dont on regrette pour certains l’absence de traduction en français (en particulier Gordon Burn, « le meilleur des écrivains britanniques » selon Peace).

Des textes inédits, une sélection de photos de la grève des mineurs de 1984, un texte superbe de l’auteur sur Ryûnosuke Akutagawa, des études sur son rapport à l’Histoire et au cinéma complètent ce dossier.

(Pour ceux qui ne connaissent pas les romans de David Peace, il a conseillé, lors de sa venue à Quais du Polar, d’aborder son œuvre par GB 84 ou Tokyo année zéro, tous deux publiés chez Rivages).

 

Le second dossier est consacré à Jean Meckert, ou plutôt Jean Amila, puisqu’il est essentiellement question ici de l’œuvre noire de  l’auteur des Coups.

Franck Lhomeau, organisateur de l’exposition à la Bilipo, dévoile des détails biographiques et littéraires jusque-ici inconnus. De nombreux inédits complètent le dossier, dont un morceau de choix, La Glace est rompue, un roman policier inspiré à la fois du drame Vincendon-Henry, les naufragés du Mont-Blanc et de l’affaire Stavisky. Meckert rend à merveille la lutte des randonneurs contre leur absorption par la montagne et l’angoisse de leurs proches restés dans la vallée.

Olivier Assayas revient lui sur son travail sur Carlos et insiste à la fois sur le caractère original de son film qui, le premier, a mis en évidence la dimension internationale de ce terrorisme, et sur les zones d’ombre qui persistent sur le parcours du vénézuélien (ses liens avec le KGB, les raisons de son choix de la cause palestinienne…).

Jean-François Rauger livre une analyse à contre-courant de l’œuvre de Melville, mettant en valeur les influences déterminantes de Jean Cocteau et Robert Bresson, et à contrario, l’absence de véritable descendance du réalisateur d’Un  flic. Dans un second entretien, il fait le bilan du cinéma policier américain des années 2000, insistant notamment sur une aseptisation consécutive au 11 septembre. On s’étonne de l’absence de  l’œuvre de James Gray dans ce texte par ailleurs très complet.

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